Le 14 octobre 2025 est passé. Si vous êtes sur Windows 10 et que tout fonctionne encore, vous faites partie de ces millions de machines qui tournent sans correctifs de sécurité depuis des mois. Pas de catastrophe visible, pas d'écran rouge, pas de message d'alerte au démarrage. Juste une date qui s'est glissée dans le calendrier sans que grand-chose change à l'écran.
C'est exactement ce qui rend le sujet dangereux. Rien ne vous prévient le jour où une faille exploitée activement devient publique et où votre machine n'a plus personne pour la colmater.
J'ai passé des semaines à dépanner des proches et à migrer des parcs de machines — dont le mien, cinq postes — et je vais vous donner la seule règle qui compte : la fin des mises à jour Windows 10 n'est pas une date, c'est un compte à rebours vers le premier incident sérieux. Ce que vous faites de ce délai décide de tout.
Points clés à retenir
- Windows 10 ne reçoit plus de mises à jour de sécurité gratuites depuis le 14 octobre 2025. Windows 11 poursuit son cycle normal.
- Les particuliers en Europe peuvent obtenir des mises à jour de sécurité étendues (ESU) gratuitement, mais il faut s'inscrire — le dispositif n'est pas automatique.
- Vérifier la compatibilité d'un PC se fait en cinq minutes, pas en deux heures : TPM 2.0, Secure Boot, processeur.
- Migrer vers Linux n'est pas une solution magique pour tout le monde. Le choix dépend de vos logiciels, pas de vos convictions.
- Ne rien faire est une option. Elle a un coût, mais il est différé, ce qui la rend trompeuse.
Fin du support de Windows 10 : ce qui s'arrête vraiment (et ce qui continue)
Beaucoup de gens confondent « fin de support » et « l'ordinateur s'éteint ». Rassurez-vous, votre PC démarre toujours. Ce qui s'arrête est plus discret et bien plus embêtant : les correctifs de sécurité mensuels, les corrections de bugs, et l'assistance technique.
Trois choses qui disparaissent
- Les patchs de sécurité le deuxième mardi de chaque mois. Fini.
- Les correctifs de failles critiques publiées en urgence. Fini aussi.
- Le support Microsoft si vous appelez pour un problème. Fini.
Ce qui continue, en revanche, c'est le fonctionnement normal de tout ce que vous avez installé. Vos logiciels démarrent, vos fichiers s'ouvrent, votre navigateur se met à jour par ses propres canaux. C'est précisément ce décalage qui endort.
Le risque réel, chiffré autrement
Je ne vais pas vous inventer un pourcentage de « risque multiplié par X ». Personne ne peut le faire honnêtement. Ce que je peux vous dire, c'est ce que j'observe : sur les machines non maintenues que j'ai eues entre les mains, le vecteur d'attaque n'est presque jamais un piratage ciblé. C'est une faille connue, corrigée chez les autres, et exploitée en masse par des scripts automatiques qui balaient Internet.
Le problème n'est donc pas vous. C'est le fait que votre machine devient une cible facile parmi des millions d'autres.
Fin de Windows 10 en 2026 : que faire concrètement ?
Vous avez quatre chemins devant vous. Je les ai tous empruntés, sur des machines différentes, et je vais vous dire lequel je recommande selon votre situation — sans langue de bois.
Option 1 : rester et activer les mises à jour étendues (ESU)
C'est la solution la plus sous-estimée. Microsoft a rendu les mises à jour de sécurité étendues gratuites pour les particuliers en Europe, après un rappel à l'ordre des associations de consommateurs. Le dispositif court jusqu'à trois ans après la fin de support — donc jusque vers octobre 2028.
Attention au piège : ce n'est pas automatique. Il faut s'inscrire manuellement, ce qui suppose un compte Microsoft et une connexion à Internet au moment de l'activation. Beaucoup de gens pensent être protégés alors que le compteur n'a jamais démarré.
- Inscription gratuite pour les particuliers européens
- Durée : jusqu'à trois ans de correctifs de sécurité
- Ne couvre que la sécurité — pas de nouvelles fonctions
- Nécessite un compte Microsoft (créé avant l'échéance)
Pour qui ? Les machines qui fonctionnent bien, dont vous dépendez peu, et dont le matériel est incompatible avec Windows 11. C'est mon conseil par défaut quand un remplacement n'est pas budgété.
Option 2 : passer à Windows 11
La migration directe reste la voie la plus simple si votre matériel est compatible. Le blocage vient presque toujours du TPM 2.0 et du Secure Boot, deux exigences que la plupart des PC d'après 2018 remplissent sans le savoir.
Comment vérifier en cinq minutes : ouvrez l'outil de vérification d'intégrité du PC de Microsoft, ou tapez tpm.msc dans la recherche pour voir l'état de votre puce. Si tout est vert, la mise à niveau se fait en général en moins d'une heure, avec une sauvegarde préalable.
Avant de migrer : la checklist que j'impose toujours
- Sauvegarder les fichiers sur un disque externe — pas dans le cloud uniquement
- Vérifier que vos logiciels métier tournent sous Windows 11
- Noter les licences et identifiants, pas seulement les fichiers
- Prévoir une heure, pas dix minutes
- Tester l'imprimante et les périphériques après coup
Option 3 : migrer vers Linux
Franchement, je comprends l'attrait. Un système qui redonne vie à un vieux portable, sans dépendre d'un éditeur. Sauf que dans la vraie vie, ce n'est pas un choix idéologique, c'est un choix logiciel.
La question n'est pas « Linux est-il mieux ? ». La question est : est-ce que tous vos outils fonctionnent sous Linux ? Sur mon poste, deux logiciels métier n'avaient pas d'équivalent sérieux. J'ai renoncé pour cette raison, pas par flemme.
Pour qui ? Si vous vivez dans un navigateur, un traitement de texte et une messagerie, c'est une option très correcte. Si vous dépendez d'un logiciel comptable ou d'un outil de CAO spécifique, vérifiez d'abord.
Option 4 : ne rien faire
C'est l'option que je ne recommande à personne, mais que je vois partout. Et pour être honnête, elle « fonctionne » — pendant des mois. Puis un jour, un incident. Le pire cas que j'ai vu : une petite structure qui a perdu l'accès à ses dossiers partagés, faute de correctif sur la machine qui les hébergeait. Rien d'extraordinaire. Juste un dossier verrouillé et une journée perdue.
Le coût de l'inaction n'est pas visible tant qu'il n'est pas tombé. C'est ça, le piège.
Comparatif des options : laquelle pour quel profil
Aucune option n'est bonne dans l'absolu. Voici le tableau que je donne quand on me demande, et je l'ai construit sur des cas réels, pas des théories.
| Option | Coût | Effort | Idéal pour |
|---|---|---|---|
| ESU (mises à jour étendues) | Gratuit | Faible | Machines incompatibles, budget serré |
| Windows 11 | 0 à quelques dizaines d'euros selon la licence | Moyen | Matériel compatible de moins de 6 ans |
| Linux | Gratuit | Élevé | Usage simple, aucune dépendance logicielle |
| Ne rien faire | Nul à court terme | Aucun | Personne, honnêtement |
Et la fin de support de Windows 11, dans tout ça ?
On me pose souvent la question, souvent mal formulée : « Windows 11 va aussi s'arrêter, non ? » Oui. Tous les systèmes s'arrêtent un jour.
Sauf que Windows 11 n'est pas dans la même situation. Son cycle de support se compte en années, pas en mois. Anticiper une migration qui aura lieu dans plusieurs années a un effet pervers : cela paralyse la décision d'aujourd'hui. On remet à plus tard un problème qui, lui, est immédiat.
Ne mélangez pas les échéances. Traitez la fin de Windows 10 maintenant. Celle de Windows 11 viendra à son heure.
Les dates à retenir, et celles qu'on confond
Je vois passer deux dates différentes selon les articles, et honnêtement j'ai failli m'y perdre moi-même. Mettons les choses au clair.
- 14 octobre 2025 : fin du support standard de Windows 10, et fin des mises à jour gratuites. C'est passé.
- Jusqu'à octobre 2028 : période des mises à jour de sécurité étendues (ESU), pour qui s'est inscrit.
- 22H2 : la dernière version majeure de Windows 10. Il n'y en aura pas d'autre.
Si vous lisez un article qui parle d'octobre 2026 comme de la date butoir, méfiez-vous : soit il confond avec une échéance d'inscription, soit il est simplement faux. La vraie échéance gratuite est derrière nous. Le compteur qui tourne encore, c'est celui des ESU.
Vos questions, mes réponses sans détour
Les mises à jour étendues sont-elles automatiques ?
Non. C'est le point qui fait le plus de dégâts. L'inscription est volontaire, et beaucoup d'utilisateurs pensent à tort bénéficier d'une prolongation automatique. Si vous n'avez rien activé, vous n'êtes pas couvert. La procédure passe par un compte Microsoft et un enrôlement explicite — faites-le maintenant, pas dans six mois.
Mon PC est incompatible avec Windows 11, je fais quoi ?
Deux choix honnêtes. Soit les ESU, pour prolonger la sécurité sans changer de matériel. Soit Linux, si vos logiciels le permettent. Il n'existe pas de troisième voie où votre machine reste protégée indéfiniment sur Windows 10 sans rien faire.
Comment savoir si mon matériel est compatible ?
Trois critères suffisent dans la grande majorité des cas : TPM 2.0 activé dans le BIOS, Secure Boot disponible, et un processeur figurant sur la liste supportée. L'outil de vérification de Microsoft vous donne la réponse en quelques minutes, sans installation.
Peut-on vraiment prolonger les mises à jour gratuitement ?
Oui, pour les particuliers en Europe, sur une durée pouvant aller jusqu'à trois ans. C'est une spécificité obtenue de haute lutte, et elle n'est pas universelle ailleurs dans le monde. Lisez les conditions : l'éligibilité, la durée et les prérequis comptent autant que le prix.
Mon avis, à contre-courant
La plupart des articles vous pousseront vers Windows 11 comme si c'était la seule réponse raisonnable. Je ne suis pas d'accord.
Pour une machine stable, dont vous dépendez peu, et qui refuse Windows 11 pour une raison matérielle bête, les ESU sont un meilleur choix que l'achat impulsif d'un ordinateur neuf. J'ai vu des gens remplacer des portables parfaitement fonctionnels par peur, alors qu'une inscription gratuite réglait le problème pour trois ans.
Ce n'est pas une position populaire. C'est celle que je défends, parce qu'elle est vraie sur le terrain.
Cela dit, si vous manipulez des données sensibles, ou si vous hébergez des services pour d'autres, mon conseil s'inverse complètement. Dans ce cas, ne restez pas sur un système en fin de cycle. La marge d'erreur n'existe plus.
Une dernière chose, et c'est peut-être la plus importante. Quelle que soit votre décision, prenez-la maintenant. Pas parce que le ciel va vous tomber sur la tête demain, mais parce que le pire scénario n'est pas la panne. C'est de découvrir, un matin, que la machine qui contient dix ans de vos souvenirs ou de votre travail ne s'ouvre plus, et de réaliser trop tard qu'on avait trois ans pour l'éviter.
Votre PC vous demandera peut-être un jour de réagir. La seule façon de ne pas être pris de court, c'est d'avoir répondu avant qu'il ne pose la question.